J’emploie parfois le singulier dans cet article dans un sens
neutre. « Un » partenaire, « celui » qu’on aime pouvant bien
entendu être de sexe féminin. Et en ce qui me concerne, c’est bien « celui-là »
que je préfère.
Difficile de savoir quand on a une idée en tête si elle est
vraiment le fruit de réflexions « libres » ou si elle est dictée par
un désir de justifier un acte passé ou à venir. Je veux dire par là que
certains de nos concepts, certaines de nos découvertes intellectuelles personnelles
sont en fait un moyen d’apaiser notre âme, d’étouffer nos doutes ou remords. Comme
le dit l’expression populaire « qui veut noyer son chien l’accuse de la
rage ».
Plus j’y pense – trop souvent pourrait-on dire en ce moment, sans doute un léger déficit –
plus je me dis qu’il est possible de déconnecter le sexe de l’amour. Que le
sexe soit un artifice indispensable à l’amour entre deux personnes est une
chose différente. L’amour de deux êtres l’un pour l’autre, s’il n’est pas
platonique - mais cela existe-t-il vraiment ? N’y a-t-il pas dans ce cas
un « blocage », un « frein » qui fasse que l’acte sexuel
est refusé, refoulé plutôt que non envisagé – s’ils sont en âge de procréer, contient
une part de sexe. Nous avons des désirs sexuels et en éprouver pour celui que l’on
aime semble logique.
Mais pourquoi ne devrions-nous en éprouver – ces fameux
désirs sexuels – uniquement pour celui que l’on "Aime"? C’est bien sous-estimer
ce besoin primaire, animal, ou bien surestimer notre capacité à l’étouffer. Que
la société, notre société, celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui, ici, juge
que l’acte sexuel ne puisse être fait qu’avec "la" personne avec qui on est « en
couple » est bien différent. Il est même dit dans certaines communautés
que l’acte n’est destiné qu’à la reproduction ou ne doit pas procurer de
plaisir.
Nous éprouvons donc des désirs sexuels pour « d’autres »
personnes, je le tiens pour acquis. Nous les refoulons parfois, c’est autre chose.
Nous plaçons l’acte sexuel au plus haut de la relation d’échange
amoureux entre deux personnes (ici, chez nous, en occident). C’est la chose que l’on ne
doit faire qu’avec l’autre partie du « couple »
auquel on appartient. Partager son corps, partager le plaisir sexuel, c’est
tromper l’autre.
Imaginons maintenant que l’acte sexuel, quand il n’est pas
destiné à la procréation – la majorité des cas n’est-ce pas – ne soit qu’un
moyen d’assouvir un désir, qu’un moyen d’éprouver du plaisir et de se libérer d’un
besoin. Pourquoi devrait-il être la seule chose à ne partager qu’avec son
partenaire ?
Partant du postulat que ce qui ne doit ne pas être partagé a
une grande valeur, pourquoi le sexe est-il la « grande valeur » dans
un couple ?
L’accepter, c’est accepter que quand le sexe devient ennui,
la relation doit s’arrêter.
L’accepter, c’est accepter que le sexe est le ciment d’un
couple.
Je trouve cela très réducteur. L’amour entre deux êtres ne
se résume pas à la qualité de leurs relations sexuelles. La fidélité ne peut
pas se résumer au non partage avec un tiers de l’acte sexuel.
Maintenant que je parle d’acceptation, suis-je prêt à
accepter mes conclusions ? Suis-je prêt à ce que ma partenaire « Aimée »
– j’ai utilisé le féminin pour lever toute ambiguïté : je suis, je reste
un hétéro non progressiste, pas tenté par les expériences homosexuelles – ait d’autres
relations ? Je ne crois pas. Très sincèrement, je ne crois pas.
Je sens bien que l’acte sexuel n’est – pour moi qui ne
souhaite plus avoir d’enfants – qu’une façon d’éprouver un plaisir important,
une véritable jouissance, comme une drogue (l’alcool est une drogue que j’ai
abandonnée, comme la cigarette) peut en procurer. Il peut n’être que cela, qu’une
jouissance. Il peut aussi être un moment de complicité tendre, sensuel dans « mon »
couple. La plupart des mes partenaires me voulaient fidèle. Fidèle voulant dire
ne « couchant » pas avec d’autres.
Je sens aussi que chercher cette jouissance avec d’autres,
ne diminuerait pas l’amour que j’éprouve pour ma partenaire « Aimée ».
Malgré tout, cela me donnerait mauvaise conscience.
Il semble donc qu’il n’y ait que deux voies : le
partenaire unique et le désir parfois inassouvi ou la multiplicité des
partenaires de passage exclusivement.
Pourquoi désir inassouvi ? Parce qu’il n’est pas rare
que nos désirs de ne coïncident pas.
Et la masturbation ? Le partenaire qui pratique l’onanisme
est-il fidèle ou infidèle ? Dans ce domaine, c’est bien encore cette
insupportable recherche de toujours plus de profits qui a fait « évoluer »
les mentalités pour proposer aux femmes des accessoires à l’efficacité parfois
douteuse.
Le temps me manque pour continuer cette réflexion.